à propos de parfums, de rangement et d’authenticité

ce qui se passe lorsqu’on ne garde que ce qui nous procure du plaisir


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Depuis quelques années, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de noter l’existence du livre de Marie Kondo**, La magie du rangement. La première fois, c’était dans le compartiment du train allant d’Olomouc à Prague où une voyageuse était en train de le lire tout en partageant, avec une amie, les suggestions de Marie Kondo concernant la meilleure façon d’enrouler les chaussettes et collants.


Le sujet a bien suscité mon attention, comme toute question aussi intrigante que “comment respirer correctement”, “comment prendre conscience de sa faim” ou, encore, “comment cultiver une pelouse ressemblant à un pré”. En même temps, j’étais bien curieuse de savoir comment on peut disserter du rangement sur presque deux cents pages, et, en fin de compte, comment on peut amener les lecteurs à acheter une chose pareille par millions d’exemplaires. En effet, si vous ne l’avez pas encore noté, La magie du rangement est, depuis plusieurs années, un bestseller à l’échelle mondiale.


Marie Kondo, Zázračný úklid (La magie du rangement), traduit en tchèque par Šárka Kadlecová, Knižní klub, Prague 2015, 190 p. Photo Tanguy Calvez pour Synestesis.

Je dois avouer que la jeune lectrice du train ne ressemblait en rien à une bonasse enrouleuse de chaussettes et elle a ainsi planté en moi une graine de doute à propos de l’excessive sévérité de mon jugement qui, au fur et à mesure, allait poussant.


Le livre a ensuite plusieurs fois refait surface, ça et là, la dernière fois dans un article du journaliste Petr Horký publié dans l’hebdomadaire Respekt. Petr Horký a, tout à fait légitimement, critiqué Marii Kondo - ou, plus précisément, les méthodes qu’elle utilise dans la téléréalité Rangement avec Marie Kondo de la société américaine Netflix - pour le gâchis qui se trouve à la fin de sa chaîne de rangement, sous forme de dizaines de sacs-poubelle gigantesques pleins d’objets mis, pêle-mêle, au rebut. Bref, une orgie de gaspillage.


C’est que Marie Kondo a cerné un des problèmes cruciaux des grands rangements, à savoir le moment critique des adieux aux objets à éliminer, le moments des questions existentielles. Est-ce que je me passe des factures accumulées depuis trente ans? Est-ce que mes proches ne vont pas me maudire si je jette cet éléphant en céramique de taille d’un dé à coudre qu’ils m’avait jadis offert? Marie propose une solution radicale consistant dans une brusque élimination des “déchets”, écartant ainsi le risque de rechutes et d’actions de sauvetage en faveur des nounours, petites vases "mignonnes" et t-shirts aux motifs ineptes naufragés dans les profondeurs des objets dégradés en bric-à-brac.

‘Faut un peu dépoussiérer. Photo via Pinterest.

Après avoir lu cet article, j’étais absolument sûre que j'allais acheter ce livre et le lire le plus tôt possible. Si je laisse de côté le problème éthique lié au sort des choses éliminées, d’ailleurs facile à résoudre (je les vends ou offre ou charge de cette mission une personne qui ne sera pas portée à pleurer le nounours et qui, par contre, gardera pour son effort une partie des bénéfices), il y avait quelque chose de profondément philosophique. Quelque chose qui touche au sens de la vie. Et puisqu’il m’est arrivé plus d’une fois de découvrir le charme des activités jusque là détestées au moment où j'ai pu accéder à un pourquoi dépassant l'activité elle-même, j’ai du m’emparer de La magie du rangement et partir à la recherche de cette sagesse.


Pour être honnête, mon objectif n’était pas vraiment de vaincre le désordre. J’ai certainement de bons jours et de pires mais, en général, l’ordre a un tel impact sur mon humeur que les bons jours ont nettement le dessus. Je ne possède pas non plus beaucoup de choses si je ne compte pas mes parfums. Pourquoi j’avais donc tellement envie de lire le livre de Marie Kondo?


Déjà, j’étais très intéressée par l’histoire d'une femme qui, enfant, avait l’habitude de casser sa tirelire pour s’offrir des boîtes de rangement et, chaque jour à l’arrivée de l’école, se dédiait au ménage, obsédée de jeter toutes les choses appartenant aux membres de sa famille qu’elle ne jugeait plus utiles. J’étais curieuse de l’histoire d’une petite fille bien particulière devenue experte de rangement reconnue dans le monde entier. Un fabuleux exemple de l’affirmation de Meryl Streep que j’ai citée dans un article précédent: "Ce qui vous fait différent ou étrange, c’est votre point fort."


Mais aussi, j’avoue, voulais-je acquérir un meilleur rapport au rangement. C’est qu’encore récemment, je pouvais difficilement prétendre que j’aimais ranger, voire que j’y trouvais un accomplissement. Je le voyais comme une nécessité - je suis comme aveugle dans le désordre - ou, pour être plus précise, comme un mal nécessaire.


Je voulais donc ranger sans dégoût et sans frustration. Mais, surtout, je sentais intuitivement que le rangement, pour le moins en ce qui me concerne, est étroitement lié à une fervente activité intellectuelle. Chaque fois que j’avais besoin de faire un sérieux pas en avant, dans les études, au travail ou dans la vie, cette énergie passait dans mes bras et me poussait à faire un grand rangement autour de moi. Ensuite c’était comme si quelque chose m’avait illuminé et, d’un coup, je savais comment continuer.


Je voulais donc comprendre quel est le lien entre le rangement à l’extérieur et celui à l’intérieur.

Marie Kondo avec ses filles. Photo via le site de Marie Kondo, https://konmari.com/.

Le livre m’a vraiment apporté la réponse.


Ce principe ordonnant, dépassant de loin le cadre du rangement, consiste dans l’idée simple et limpide de Marie de conserver juste ce qui nous procure du plaisir.


Marie Kondo conseille de traiter les objets par catégories (vêtements, livres, documents…), les entasser à chaque fois au milieu d’une pièce et les prendre ensuite un par un dans les mains tout en examinant si, tel ou tel, nous procure du plaisir. À la fin, on ne garde que ce qui a passé cet examen.


Dans le chapitre dédié au tri des livres, j’ai finalement découvert ce fil reliant les deux bouts, le bas avec le haut: la matière, le chaos et la besogne d’un côté, et l’esprit, le principe suprême, le pourquoi de l’autre. Le ménage, une activité abhorrée, sous-estimée, asservissante par son caractère cyclique et interminable, s’est uni… à la joie. À l’accomplissement, à un objectif supérieur, au sens. Ce qui était en bas (imaginons-le comme une personne sur un surf) s’est attelé à ce qui est en haut (voyons-le comme un cerf-volant). Et d’un coup ça a démarré.

S’il ne reste que des choses qui nous font plaisir, qui ont un sens particulier pour nous, soudain, ce sens, le sens de notre vie, devient intelligible.


“L’une de mes clientes était mon amie depuis l’Université. Bien qu’après les études, elle ait d’abord travaillé dans une grande société se consacrant à la technologie de l’information, elle n’a découvert ce qui lui faisait vraiment plaisir qu’en rangeant. Lorsqu’on a ordonné son ménage, elle a contemplé sa bibliothèque où il n’y avait, d’un coup, plus que les livres qui l’avaient passionnée, et elle a réalisé que tous les titres avaient un rapport au service social.” (p. 152-153 de la trad. tchèque)


Ce passage m’a frappé pour de nombreuses raisons. Rien que l’idée de traiter les livres de la même façon que les vêtements ou la vaisselle: en en éliminant plus d’un. Pour beaucoup une idée barbare.

Marie Kondo a passé cinq ans au service d’un sanctuaire shintoïste. En shintoïsme, les objets ont une âme comme les personnes vivantes. Personnellement, ça ne m’a pas du tout étonné. Ou ça ne vous arrive jamais de prendre un chat-bus ou de voir votre maison déborder de noiraudes? En cas de doute, je vous recommende d'étudier de près Mon voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988). Qui trouve Totoro sur l’image ci-dessus, a le droit de s’offrir un nouveau parfum. Image via Pinterest.

D’ailleurs, mis à part le gâchis, c’est pour l’élimination des livres que Marie Kondo est, semble-t-il, le plus souvent critiquée, notamment par les intellectuels, comme le précise Petr Horký. Ce lien aux intellectuels a retenu mon attention. Comme si la possession des livres avait un rapport à l’érudition, à la culture ou à la sagesse. Et je me suis rappelé toutes les personnes qui, parlant de leur bibliothèque personnelle, étaient toujours prêtes à me donner un nombre précis de volumes qu'elles possédaient - à littéralement chiffrer leur sagesse au volume près - sans m’avoir toutefois jamais transmis une sagesse quelconque.


Je ne pense donc pas du tout qu’éliminer une partie de sa bibliothèque soit une chose barbare. Au contraire, je le vois comme un acte de plus haute purification. Je crois que ces adieux à tout ce que nous ne sommes pas et nous n’avons aucune raison de prétendre sont le meilleur cadeau qu’on puisse jamais s’offrir. Les livres éliminés trouveront un nouveau chez soi ailleurs et deviendront partie intégrante d’une toute autre histoire.


Si, toutefois, vous êtes fous de livres, gardez-en autant que vous voulez pourvu qu’ils vous procurent du plaisir. Si vous êtes fous d’ustensiles de cuisine aux fonctions spécialisées, gardez-les. Débarrassez-vous juste de ce qui ne suscite en vous aucune joie. Moins c’est plus. Mais à vous de définir votre propre norme concernant le nombre d’objets retenus. Une belle liberté.


J’en arrive finalement aux parfums.


Si nous pouvons trier nos vêtements et, d’un coup, voir dans lesquels nous nous sentons le plus nous-mêmes; si nous pouvons éliminer une partie de nos documents et nous affranchir de la peur que, sans un mode d’emploi, on ne soit pas en mesure de réparer le four micro-ondes vieux de 12 ans; si nous pouvons lire sur les dos de nos livres triés ce qui nous intéresse vraiment, que va-t-il se passer si nous mettons en “tas” tous nos parfums? Je parle évidemment d’un tas imaginaire car il n’est vraiment pas nécessaire d’en avoir des dizaines si vous n’en êtes pas passionnés comme moi. Il suffit de se souvenir de tous ceux que vous avez jamais achetés ou reçus en cadeau et d’écrire leur noms sur un bout de papier, pourquoi pas de façon provisoire comme “celui en flacon rond de couleur bleue”. Et, ensuite, les prendre l’un après l’autre dans les mains, y compris ceux “en papier”, et estimer si, tel ou tel, vous procure du plaisir.


Il se peut que vous ayez eu si peu de parfums dans la vie qu’il n’est pas nécessaire d’en faire un tri. Il se peut que vous en ayez eu un seul et vous savez désormais que chercher du plaisir dans les parfums n’a pas, dans votre cas, de sens. Mais si vous aimez les parfums, ça vaut un essai.


À gauche ceux que j'admire, à droite ceux que je porte souvent. Que de la joie... Photo Tanguy Calvez pour Synestesis.

Qu’est-ce que j’ai découvert pour ma part?


Je dois indiquer au préalable qu’une partie des parfums que je possède sont destinés à mon travail. Ceux-là, je les laisse de côté. Je mets sur mon “tas” à trier seulement ceux que je porte personnellement. Et j’ai ajouté même quelques flacons vides que j’avais mis de côté puisqu’ils contenaient des parfums m’apportant une telle satisfaction que je voulais en garder au moins un souvenir. Si vous avez envie de me suivre dans cette expérience quelque peu extravagante, vous pouvez mettre à la place de ces derniers vos petites cartes.


Étant par ma nature une ”fanatique d'élimination”, je ne m’attendais pas à ce que je sélectionne une montagne de parfums à remettre dans les mains des nouveaux propriétaires heureux. Mais j’étais curieuse de savoir pour quelle raison je les possède tous car je n'en porte une partie que très rarement mais ils me procurent une énorme joie.


Je voulais commencer par mettre d’un côté les parfums que j’aime porter et de l’autre ceux que j’admire. Quelle idée, vous dites-vous peut-être, mais je l’explique sur-le-champ. C’est que j’ai par exemple une profonde admiration pour Après l’ondée de Guerlain, un parfum de 1906. C’est, tant que je sache, le premier parfum paysage, la première interprétation abstraite de la beauté fragile des jardins rustiques après la pluie lorsque le ciel reste encore teint d’un bleu acier et l’air est embaumé d’odeur cireuse et poudrée de lilas, de violettes et autres fleurs aux couleurs pastel entre un bleu pâle et le mauve. C’est un parfum magistral rappelant les morceaux de Debussy pour le piano et les toiles mélancoliques des impressionnistes. Mais il ne me ressemble pas du tout. Il est trop "aquarelle", trop transparent, trop nostalgique. Quand je le porte, je me sens comme un petit ballon bleu-violet impitoyablement emporté par le vent. Et j’ai fort besoin d’attaches. Malgré tout, je viens constamment le contempler et le plaisir que cela me procure ne pourrait être contesté même si Marie Kondo me cloue au détecteur du mensonge.

Harmonie des motifs. Avez-vous remarqué que lorsqu’on met côte à côte des objets qui nous procurent du plaisir, ils vont étrangement bien les uns avec les autres? Image Ikenaga Yasunari via Pinterest.

Tantôt que j’ai commencé à répartir les parfums entre “souvent portés” et “admirés”, j’ai réalisé que si je suivais mon humeur du moment, je n’en garderais parmi les “souvent portés” que bien peu: que ceux que j’aurais envie de porter ce jour-là, le 11 octobre, où le temps était maussade comme souvent en automne. Mais, dans un mois, quand il y aura un vent plus hostile et la lumière se fera rare, j’en aurai envie d’autres, je me connais. Les parfums incarnent les humeurs et, en ce qui me concerne, mes envies changent avec les saisons, la température, le taux d’humidité et d’autres aspects du temps. Avec mon goût prononcé pour l'élimination, je m’en suis ainsi défait de plus d’un. Et puisque je l’ai regretté après, j’ai fini par les acheter de nouveau.


À côté des petites cartes portant les notes “souvent portés” et “admirés”, j’ai donc mis encore quatre autres: “portés au printemps”, “portés en été”, “portés en automne” et “portés en hiver”. Ainsi, j’ai fait assez facilement mon classement tout en arrivant à une conclusion surprenante.


J’en ai éliminé quelques uns, ou pour être plus précise, je les ai reclassés parmi ceux qui sont destinés à mon travail. Ils sont beaux mais je ne les porte presque jamais et je n’ai pas d’affection particulière pour eux comme je peux en avoir pour Après l’ondée.


Les autres, je les ai répartis entre ceux que je porte toute l’année (“souvent portés”), ceux que j’admire (“admirés”), les estivaux (“ portés en été”), dont je n’ai compté que très peu, et hivernaux (“portés en hivers”) qui se sont montrés étonnamment nombreux. Dans la catégorie des printaniers et automnaux (“portés au printemps”, “portés en automne”), il n’y en avait aucun.


Je suis donc là et je me demande: alors qu’est-ce que tu portes au printemps et en automne? Et c’étaient évidemment les parfums classés dans la catégorie “souvent portés”. Effectivement, je pourrais passer toute l’année à avoir le printemps et l’automne: j’aime le mélange de l’air frais et du soleil et les odeurs que la végétation respire dans l’air humide. J’aime la pluie et toutes les perceptions olfactives qui lui précèdent et qui la suivent.


Qu’est-ce qui caractérise donc les parfums que je porte tout le temps? Ont-ils un motif récurrent, une note ou un accord spécifiques?


Mitsouko de Guerlain, un parfum de 1919. La bergamote à l’éclat froid et une note beurre rappelant l’odeur des jeunes noix évoquent fidèlement la lumière diffuse de l’automne et les feuilles qui reviennent à la terre. L’un des trois que je porte le plus souvent en ce moment. Photo Irena Kozelská pour Synestesis.

Ils appartiennent pour la plupart à la famille des chyprés* dont les notes sont distribuées de façon proportionnelle entre la tête*, le coeur* et le fond*. Les parfums construits majoritairement autour de la tête en soi, du coeur ou du fond ne me conviennent pas. J’ai tendance à les mélanger avec d’autres parfums pour obtenir de nouveau un équilibre entre les trois niveaux de la pyramide olfactive*. J’aime le petit-grain* et la bergamote* en tête: les notes hespéridées amères, d’un éclat pure et froid comme le son des trompettes sveltes des anges de l’Apocalypse. J’aime la rose* en coeur, sans facettes sucrées, fraîche et gracieuse. Et la mousse de chêne*, le cuir*, les bois* et le patchouli* en fond, quelque chose qui évoque subtilement la putréfaction, l’humus d’où sortent les germes au printemps et où reviennent les feuilles en automne. Un tel accord est plutôt froid, humide et aérien, inondé d’une lumière douce et diffuse, comme les matins frais de printemps ou les après-midi frisquet d’automne. Quelque chose y tourbillonne et monte en spirale.


En fait, pourquoi vous ai-je proposé de considérer, sous forme de petites cartes, aussi vos parfums du passé, parlant du rangement où on devrait être content que les objets disparus ne nous tiennent plus compagnie?


Tout simplement parce qu'à la différence des livres, on consomme chaque parfum, un jour, jusqu’à la dernière goutte. Et si, en triant, on cherche à définir son identité olfactive, plus on aura de parfums à considérer, mieux c’est.


Si vous avez donc vraiment envie de réunir tous vos parfums précédents et actuels, je vous invite à vous poser quelques questions:


--- Combien d’entre eux vous procurent-ils un vrai plaisir et à combien pourriez-vous dire facilement au revoir? En avez-vous un dont vous ne vous sépareriez pour rien au monde, qui vous rend un service inestimable et apporte à votre vie de fortes émotions positives? Y en a-t-il parmi vos parfums un que vous voyez comme votre alter ego?


--- Si vous multipliez chaque 10 ml du parfum qui ne suscitent pas de la joie en vous par 10 euros - ce qui correspond au prix moyen d’une telle quantité de parfum -, quelle somme d’argent avez-vous perdue à cause d'un achat irréfléchi ou en cadeau mal choisi?


--- Y a t-il parmi vos parfums “joyeux” certains que vous portez presque tout le temps, sous toutes conditions météorologiques et à tout moment de la journée? Ont-ils quelque chose en commun? Si vous n’êtes pas en mesure de décoder des composantes concrètes, essayez de situer ces parfums sur la carte ci-après. Vos parfums vous aident-ils à vous relier à la terre et vous chauffer (ce qui correspond à la partie supérieure de la carte où se trouvent des parfums “secs et chauds”)? Ou les utilisez-vous pour vous revigorer et rafraîchir (les “humides et froids”)? Cherchez-vous plutôt de la douceur et du réconfort (partie gauche, les “doux”) ou une sorte de recul et de distance (partie droite, “sans douceur”)?


Je suis chyprée. Et vous? Carte des parfums Irena Kozelská pour Synestesis.

Bien sur que je serais ravie si cette réflexion vous aide à comprendre que trouver un parfum qui vous procure de la joie et qui soit authentique par rapport à vous - vous ressemble, traduit votre personnalité, votre mode de vie, vos désirs - est une tâche complexe puisque, comparés aux livres, les parfums sont tout simplement difficiles à lire. Et, évidemment que je serais d’autant plus heureuse si, d’un coup, vous trouviez utile de vous intéresser aux monde des parfums, par exemple sous forme des ateliers Synestesis, plutôt que de placer vos moyens directement dans l’achat et de risquer de vous tromper de nouveau.


Buy less but buy better. Achetons moins mais achetons mieux.


Si, donc, la méthode KonMari est un appel au minimalisme, je la considère comme l’une des plus sensées que je connaisse. Bien que je sois naturellement portée vers une vie simple (malgré mon tas de parfums), je pense qu’il est en effet d’importance majeure de savoir pourquoi on choisit un mode de vie pareil. Si nous le faisons parce que le minimalisme est devenu désormais une nouvelle religion et que, sans y adhérer, nous avons tendance à nous sentir coupables, alors il vaut mieux ne pas le faire. Et il vaut mieux ne pas le faire non plus si nous y sommes portés par un besoin de renoncer à tout plaisir puisque nous trouvons dans l'ascèse autoflagellante le seul espace dans la vie où nous nous acceptons. Car ce que nous cherchons à faire ainsi c'est, encore, obtenir l'approbation de la part de l'autre. De la part des écologistes ou du juge sévère que nous portons en nous. Et dans une telle attitude, il y a tout sauf le plaisir et l’authenticité.


Si les participants des ateliers Synestesis dégagent une telle émotion, tout cela a du sens. Photo Tanguy Calvez pour Synestesis.

Si, par contre, nous limitons la quantité de nos possessions en fonction du plaisir qu’elles nous procurent, nous allons créer un milieu vibrant de joie, un cadre de vie franc et authentique. Certains ne vont posséder aucun parfum mais garderont pour chaque type de farine deux sachets en réserve et cette quantité sera pour eux exactement la juste. Et d’autres vont acheter de la farine seulement au moment où ils se trouveront "à sec" mais ils auront une trentaine de parfums. Chacun voit le plaisir ailleurs et si nous excédons quelque part la quantité considérée comme socialement acceptable, nous pouvons toujours nous attraper et retrouver une heureuse simplicité là où nous n'avons besoin de rien du tout.


Il se peut que les parfums vous intriguent. Il se peut que cette expérience vous amène vraiment à réfléchir sur la légitimité de quelque chose d’aussi bizarre que des ateliers au sujets de parfums. Et il se peut qu’en fin de compte vous finissiez par vous inscrire à l’un d’eux. J’en serais ravie.


Mais faites-le juste si cette idée vous procure du plaisir.


N.B. Vous trouverez les définitions des termes signalés par un astérix dans le Glossaire accessible à partir du menu principal du blog.


** Marie Kondo (*1984) est une experte japonaise du rangement et auteure de plusieurs livres dans lesquels elle décrit sa méthode unique de rangement, appelée par son surnom, KonMari. Passionnée par le ménage dès l’âge d’enfant, elle s’y dédie professionnellement, en tant que coach du rangement, depuis ses études universitaires. C‘est, effectivement, plus en conseillère qu’en force de travail qu’elle intervient chez ses clients à qui elle cherche à transmettre une approche et des aptitudes grâce auxquelles ils sont capable d’instaurer un mode de vie simple et ordonné de façon durable. La méthode KonMari représente ainsi, en fin de compte, une piste de développement personnel qui permet à l’individu de vivre une transformation grâce à son rapport revisité aux objets.

Marie Kondo a passé cinq ans au service d’un sanctuaire shintoïste. En shintoïsme, le rangement est une pratique spirituelle permettant de cultiver un respect vis à vis des objets possédés qui ont, d’après les croyants, une âme comme les êtres vivants.


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