un territoire peuplé de dragons

à propos des ennuis que vous risquez et des aventures et récompenses qui vous attendent si vous continuez audacieusement à lire


Hic sunt dracones. Il y a des dragons. Sur d’anciennes cartes, ces mots désignaient des terres inconnues où l’imagination humaine déposait d’horribles monstres et des merveilles ineffables. Veuillez entrer. Photo Tanguy Calvez pour Synestesis.

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Il se peut que vous commenciez par vous mettre en question. Puisque vous ne portez pas de parfum. Puisque vous en portez sans y tenir particulièrement. Ou puisque, encore moins, y voyez-vous votre alter ego.


Il se peut que vous vous dites que vous devriez faire face à un tel défaut. Et, quelque frivole que ce soit, vous irez en acheter un.


Il se peut que vous n’alliez pas en acheter un tout de suite parce que trouver son alter ego en parfum n’est, quand même, pas si facile que ça.

Il se peut que, tout d’abord, vous veniez participer à un atelier de groupe Synestesis pour explorer cet énigme de parfum. Pour voir ce que sent L’ombre dans l’eau, L’heure bleue ou Vol de nuit. Et comment faire pour trouver un parfum qui traduit l’ombre, le crépuscule ou la nuit, ou la chaleur du soleil et la danse des lumières sur la mer, même si son nom est moins éloquent.


Il se peut même que vous soyez assez hardis pour venir assister à un atelier individuel. Et une fois assis là, vous n’allez pas croire vos yeux que vous vous êtes prêtés à ce jeu insensé et maintenant vous êtes en train de sentir parfum après parfum y cherchant vous-mêmes, votre goût de questionnement, votre légère distance et votre sens de l’ordre et de la transgression, car sans cela, tout simplement, ce ne serait pas vous.


Et vous allez être touchés. Touchés par la richesse de cet univers étrange de flacons en verre que vous avez jusqu’à là croisé sans attention.


Et vous allez vous sentir bien et vous allez sourir. Parce que les parfums sont comme ça. On est bien quand on les explore. Et quand on est bien, on sourit.


Vous seriez présent, là, à présent. Et ce qui était hier et ce qui sera demain vous sera pour une fois égal.


Il se peut qu’ainsi, après un long moment, vous rencontriez vous-mêmes.

Ou que vous rencontriez celle ou celui que vous étiez, enfants.


Il se peut que suite à cela, vous alliez acheter un parfum que vous avez découvert ainsi.

Il se peut que vous alliez acheter un parfum rien que pour le préserver avant que l’implacable loi du marché ne le condamne à la disparition. Car vous allez comprendre qu’entre ce dernier et les statues abattues de Bouddha en Afghanistan, il n’y a pas de différence, et qu’une chose aussi terre à terre qu’un achat peut être un acte de sauvetage.


Et il se peut bien qu’à la fin vous constatiez que vous n’en allez acheter aucun. Pas parce que vous ne pouvez pas ou vous ne devriez pas. Mais parce que vous n’êtes ni obligé ni porté à le faire.


C’est que la beauté est omniprésente et elle est tout à fait gratuite.


Nous vivons sur une planète foisonnant de parfums.


Il suffit d’y prêter attention et suivre son nez.

Là, à présent.


Ce à quoi on prête attention croît.


Ce qui va croître est entre vos mains.

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